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A quel point aimez vous votre travail?

Publié par Mahamed Charkaoui sur 13 Février 2006, 16:32pm

Catégories : #Conseils emploi

SIFFLEZ EN TRAVAILLANT !

Sifflez en travaillant,
Et le balai paraît léger
Si vous pouvez siffler !

Contenu d'une conférence donnée par Madeleine Fortier dans le cadre du salon Emploi Formation, Palais des Congrès, les  6 et 7 avril 2004.

« Le monde ne pourra jamais être heureux tant que les hommes n’auront pas une âme d’artiste - j’entends par là tant que leur travail ne leur sera pas une source de plaisir. »  Auguste Rodin

Aujourd’hui je vais vous parler du plaisir au travail.  Pourquoi ai-je choisi ce thème ?  Parce que je crois sincèrement qu’on peut aimer le travail qu’on fait et avoir du plaisir à exercer son métier.

Je ferai d’abord un bref survol des relations entre le travail et le plaisir à travers l’histoire, pour ensuite vous dresser un portrait plus contemporain des diverses définitions que l’on donne au plaisir dans le travail et les moyens variés que l’on vous propose pour trouver ou retrouver du plaisir dans ce que vous faites.

Je vais ensuite vous proposer de prendre du recul par rapport au travail et les satisfactions que vous en retirez.

Je mets à votre disposition des exercices et une bibliographie dont vous pourrez prendre copie à la fin de cette conférence.


Qu’est-ce que le travail et quelle est sa relation avec le plaisir ?

Depuis qu’Adam a goûté au fruit défendu et a été chassé du paradis terrestre, l’homme a été condamné à gagner sa vie à la sueur de son front.

Au fil des siècles la vision du travail demeurera liée à l’effort et à la contrainte et le demeure encore dans une certaine mesure.  Le mot travail vient du bas latin tripalium, qui signifie : instrument de torture formé de trois pieux.

Dans l'Antiquité, les grecs et les romains séparaient le travail de l’élévation culturelle et spirituelle.  Ils considéraient le travail comme un  labeur pénible et nécessaire, qu’ils confiaient aux esclaves.  Ils pouvaient ainsi s’adonner aux activités par lesquelles l’humanité avance.

C’est le christianisme semble-t-il qui va rapprocher le travail du développement culturel et spirituel.  Le  travail contribue à l’achèvement du monde.  Par le travail l’homme s’associe au projet du créateur : le simple labeur devient une œuvre qui grandit son auteur.  Le travail devient Opus.

Monsieur Alain Salamin, docteur en Sciences économiques et chef de projet en ressources humaines chez Firmenich :

« Longtemps, dit-il, la nature a été la principale ressource.  L’élevage, les champs fournissaient l’essentiel et les récoltes donnaient lieu à des réjouissances.  Ce labeur était lié à la fête, à la communauté, au plaisir qui unissait les gens. »

« Avec la révolution industrielle le plaisir a complètement disparu.  C’était un milieu très égoïste qui n’a pas hésité à envoyer à la tâche les femmes et les enfants. »

Les communautés éclatent, changement de vie.


Plaisir et travail à l’époque contemporaine

Jean-Yves Pidoux, sociologue de la culture, met en évidence un paradoxe :

« La société contemporaine qui se veut si hédoniste est en même temps extrêmement dure.  Le plaisir, le fun, l’épanouissement au travail sont fortement représentés dans les médias, alors que cela ne correspond pas vraiment à une situation du travail très tendue. »

Autrement dit on parle aujourd’hui de plus en plus de plaisir au travail et de qualité de vie, et en même temps, la situation au travail se dégrade.

Lucy Bateman dans son article Rentabilité ou plaisir au travail pose la question : comment faire pour que le salarié parte travailler heureux alors que l’organisation du travail le pressure de plus en plus ?  Harcèlement, licenciement, pression pour le rendement, refus de promotion, mais aussi souffrance du non-travail : c’est au moment où le travail vient à manquer qu’on s’interroge sur sa représentation et la souffrance qu’il engendre.

Elle parle de souffrance au travail et de souffrance lorsqu’on ne travaille pas.

Alain Salamin dit encore :

Le but des entreprises s’est affiché avec force : la survie et le profit. Si les employés y trouvent du plaisir, tant mieux.  

Il existe toutefois une reconnaissance implicite que le plaisir – on parle plutôt de satisfaction – joue un rôle important dans le fonctionnement du groupe.  Mais on ne veut pas polluer l’entreprise par cette notion, on préfère la dissocier du quotidien pour ne pas risquer de ralentir la logique de rentabilité.

Donc le plaisir est important pour le fonctionnement du groupe, mais l’entreprise est peu intéressée par cette notion, perte de temps, perte de rentabilité dans l'immédiat.


Faut-il d’ailleurs remettre le plaisir entre les mains de l’employeur ?

Estelle Morin – professeur titulaire aux HEC et psychologue en pratique privée a donné un séminaire à des gestionnaires, Le plaisir de travailler – automne 2003.  Il vise à donner aux gestionnaires des outils pour avoir des employés plus heureux.  Pour pouvoir attirer et retenir du personnel compétent tout en préservant leur santé, il faut leur offrir un travail qui a un sens et ce, dans un milieu stimulant.

La même chose pour Maurice Thévenet, dans son livre : Plaisir de travailler, où il signale que les dirigeants de beaucoup d’entreprises n’ont pas pris conscience de l’intérêt de se demander quel plaisir les gens prennent à faire leur travail.

Pour Pierre-Yves Lautrou, Quand le travail c’est du plaisir, faut-il vraiment s’en plaindre car après tout, décréter le plaisir au travail c’est aussi un discours de patron.

Alain Salamin aussi est sceptique : des activités parallèles sont apparues au travail, telles que soirées, séminaires, week-ends orientés et adaptés à l’objectif de profit de la société.  Celle-ci en espère un retour puisqu’elle les finance.  Mais l’employé ne choisit pas ces activités et n’y trouve pas forcément de la satisfaction.


Le plaisir au travail est-il possible ?

À la question : Peut-il y avoir du plaisir au travail ? Pierre-Yves Lautrou répond : « Cela dépend des individus, des situations, des conditions.  On trouve du plaisir dans un travail où on se réalise. »

Le plaisir au travail peut être basé sur autre chose que des éléments extérieurs – réjouissances obligatoires, station de radio, ateliers sur l’humour – il est possible d’aller chercher des satisfactions, du plaisir dans le travail qu’on fait, dans le métier qu’on exerce.


Partons donc du postulat que le plaisir au travail vient de vous, non de l’extérieur.

J’aimerais vous en donner un exemple.

J’ai eu à travailler avec une personne qui étudiait en théologie et qui travaillait le jour dans le domaine financier.

Depuis 23 ans, cette personne était très active en pastorale, sur une base bénévole et s’ennuyait mortellement dans son travail qui était son gagne-pain.  Je l’ai aidée à renverser la situation et elle gagne maintenant sa vie de façon très honorable avec ce qui fait sa passion.

Alors le plaisir au travail nous apparaît lié à la satisfaction de faire un travail qu’on aime dans des conditions qui nous sont favorables.

Voyons ce qu’en dit Nancy Anderson dans son livre Travailler avec passion :          

Il existe des similitudes frappantes entre les personnes qui aiment leur travail et qui connaissent le succès.  Si l’entreprise que vous voulez lancer ou l’emploi que vous recherchez sont en harmonie avec votre passion et vos valeurs, vous ne pouvez que réussir. 

En revanche si cette harmonie est inexistante, peu importe l’argent que cela vous rapportera, il vous faudra saboter votre entreprise ou quitter votre emploi pour pouvoir en sortir. 

Vous pouvez aimer votre travail.  Lorsque vous aimez votre travail, tous les autres éléments de votre vie semblent se mettre en place.  

Madame Monique Soucy dans son livre J’ai mal à mon travail, indique que :          

Nombreux sont ceux qui croient encore (plus ou moins consciemment) que l’aisance a un prix et qu’il faut être plus ou moins « puni » ou perdant pour gagner le droit de gagner dignement sa vie. (…) Pourtant, personne ne devrait être obligé de sacrifier sa vitalité pour effectuer un travail.  Vous ne devez pas vous priver et  priver les autres des compétences qui vous permettraient à la fois d’être plus heureux et d’apporter davantage à la société dans le cadre d’un travail où vous pourriez vous réaliser pleinement.  


Les besoins primaires d’abord

Dans un premier temps, il faut être réaliste : avant d’avoir du plaisir au travail, encore faut-il satisfaire nos besoins élémentaires.

Vous connaissez fort probablement la pyramide de Maslow

Selon Abraham Maslow, la satisfaction d’un besoin ne peut être réalisée que si les besoins du niveau inférieur sont eux-mêmes satisfaits.

C’est généralement aux niveaux 4 et 5 que l’on peut commencer à penser au plaisir au travail.


Que signifie pour vous : aller travailler ?

Quelle est votre relation avec votre travail ?  Quelles sont vos motivations pour vous lever le lundi matin ?

Quel travail vous permet de donner le meilleur de vous-même en termes d’aptitudes, de talents, d’intérêts ?

Quel cadre vous permet d’employer le meilleur de vous-même pour trouver ou retrouver cette valeur fondamentale du plaisir au travail ?

Si vous aimez votre travail, quel contexte devriez-vous rechercher, quelles conditions ?

Établissons une distinction entre le travail qu’on effectue et les conditions dans lesquelles on l’effectue.

Exemple du représentant :

J’ai travaillé avec un représentant qui avait quitté un poste qu’il aimait pour obtenir le double de son salaire.

Après moins d’un an, ce représentant se retrouve en congé maladie, et quelques mois après son retour, il est licencié et il en est heureux.  Pourquoi est-il tombé malade ?  Il avait un salaire fort alléchant, mais coincé dans des problèmes administratifs et de la production intensive de rapports, il n’avait plus le temps de faire son vrai travail, son métier, c’est-à-dire la représentation.


Facteurs de satisfaction en emploi

Alain Salamin explique que chaque emploi comporte des activités et des situations diverses, qui entraînent une alternance de peines et de plaisirs.  On peut définir deux types de motivations : les premières, intrinsèques, correspondent à un besoin de croissance personnelle.  Les secondes, extrinsèques sont celles qui poussent à rechercher, par exemple, une promotion, un meilleur salaire.

« On ne peut opposer ces deux types, les motivations sont toujours un sujet complexe.  L’important est de trouver un équilibre entre les deux. »

Quels sont vos facteurs de satisfaction en emploi ? Qu’est-ce qui vous ferait préférer une offre d’emploi à une autre ?

Qu’est-ce qui pour vous est négociable ou ne l’est pas du tout dans un contrat de travail formel ou informel ?

La grille de pondération des facteurs de satisfaction que nous vous proposons couvre 46 facteurs.  Nous avons trouvé cette grille dans une revue Commerce il y a plusieurs années.  Nous l’avons complétée et légèrement modifiée.

La grille permet de pondérer ce qui est important pour vous de trouver dans un travail, ce vous avez trouvé dans votre dernier poste ou dans votre poste actuel, et ce que vous trouvez dans l’offre qu’on est sur le point de vous faire ou la promotion qu'on est sur le point de vous offrir.

Savez-vous que, même si en entrevue tout semble tourner pour le chercheur d’emploi autour du salaire et des avantages sociaux, dans la vraie vie, le salaire a une cote moins haute ou équivalente à d’autres facteurs comme l’épanouissement, l’appréciation par exemple.


A quoi sert de gagner sa vie si on vient qu’à la perdre ?

Dans mon travail de conseillère, j’ai vu toutes sortes de situations.  Celles qui me semblaient les plus tristes étaient les suivantes :

On me raconte :         

Depuis 5 ans je n’avais plus envie de travailler.  Tout ce que j’attendais c’est qu’on me donne ma prime de séparation.  Tout a changé : nouveau patron, responsabilités diminuées, la philosophie de l’entreprise est différente depuis qu’on a été rachetés par des américains, on n’accorde plus d’importance aux clients comme avant, on me dit : arrête de perdre du temps à faire des choses pour lesquelles on me félicitait auparavant. 

Le problème que cela entraîne souvent c’est des commentaires du style : « Je n’aime plus mon métier, je veux changer de domaine, je vais démarrer une entreprise dans n’importe quel domaine pour ne plus avoir de patron. »

Il est important, crucial, de faire la distinction entre le travail qu’on fait, notre métier, et le contexte dans lequel on exerce ce métier.

Autrement dit, on peut aimer son métier, mais détester le milieu, le contexte dans lequel on l'effectue, se sentir étouffé, ou rejeté, ou ne pas avoir la confiance de notre patron pour des raisons que nous ne pouvons contrôler.  La solution n’est pas alors de changer de métier, mais de tenter d’améliorer les conditions dans lesquelles on exerce ce métier pour avoir du plaisir à travailler.

Pour Madame Soucy : « En transformant quelques aspects de votre vie professionnelle, votre insatisfaction pourrait s’estomper et faire place au plaisir.  Penchez-vous sur ces petites améliorations qui pourraient donner une autre couleur à votre existence.  Qui sait, des solutions simples et peu coûteuses seront peut-être suffisantes. »


Rôle et mission : dépasser le sens premier du travail

J’aimerais dans le cadre de cette conférence, vous entretenir d’un sujet qui me tient à cœur.

Il s’agit de la définition du rôle qu’une personne veut jouer, de l’impact qu’elle veut avoir dans son environnement de travail, de la mission qu’elle se donne.

Je vous explique.

Monsieur Jean Monbourquette, qui a écrit un livre qui s'intitule À chacun sa mission, présente ainsi la mission personnelle :

Il y a une différence, dit Monsieur Monbourquette,  entre un travail, un métier, une profession et la mission.  L'idéal serait que le travail, le métier et la profession aillent dans le sens de la mission.  C'est alors le parfait bonheur parce qu'on n'a pas l'impression de travailler.

« Ceux qui ne savent pas découvrir leur mission dans le monde sont à la merci des autres : publicité, groupes, consommation, etc.  Ils se sentent démunis, sans pouvoir personnel et confus quant à leur place dans le monde.  Ceux qui découvrent leur mission dans le monde ont de l'énergie et du pouvoir pour surmonter les obstacles.  Ils vivent un sentiment de plénitude dans l'accomplissement d'eux-mêmes.  Ils ont la certitude de bâtir un monde meilleur. »

La mission peut revêtir plusieurs modalités et formes.  Pour la réaliser adéquatement, il suffira parfois d’apporter des modifications à son travail.  Ainsi on pourra accomplir la même tâche, mais dans un autre contexte ; se perfectionner en suivant des études, changer d’attitude à l’égard de son emploi ; devenir son propre patron et travailler à son compte ; mettre davantage l'accent sur le travail d’équipe, découvrir une nouvelle raison d’être à ce qu’on fait.

La mission, le rôle ne sont pas prescrits par l’employeur.  La mission vous est personnelle et n’entre pas dans votre description de tâche.

Le rôle permet un acte libérateur et redonne à votre travail le sens de opus – œuvre – plutôt que de tripalium – instrument de torture.

Le rôle : une empreinte particulière que vous donnez à votre action, l'influence que vous exercez sur votre travail et sur votre environnement de travail.  Le rôle fait appel à la créativité.

Le rôle, la mission que vous vous donnez, est un des éléments qui vous permettront d’avoir un projet professionnel satisfaisant et avoir du plaisir à travailler.

Dans le cadre de mon travail, je ne cherche pas à définir la mission personnelle de chacun de mes candidats ou candidates, mais leur mission ou rôle sur le plan professionnel.

Cet exercice que les gens apprécient permet de donner une couleur particulière à leur offre de service et de mettre en évidence leurs différences.


Exemples de missions que nos candidats se sont données

En comptabilité : traiter et transmettre l’information financière pertinente pour faciliter la prise de décision.

En ressources humaines : aider les employés et les gestionnaires à résoudre leurs conflits.  Contribuer à établir un meilleur climat de travail.

Jouer un rôle de messager entre la direction et employés pour que tous aillent dans la même direction.

En Soutien aux ventes : apporter un support technique à l’équipe de ventes, agir comme interface entre les clients et la compagnie.

En Inspection : assurer la qualité des produits finis car un produit de qualité reflète l'excellence de l'entreprise !

En Supervision : favoriser l’autonomie et la polyvalence des employés pour faciliter l’atteinte des objectifs

Isaac Asimov, physicien, surtout connu pour ses ouvrages de science-fiction, a écrit également des nouvelles policières, Le club des veufs noirs, dont les membres se réunissent une fois par mois.

Chaque membre du club amène un nouvel invité qui sera littéralement « cuisiné » par les convives.

La première question que l'on pose à cet invité : « Comment justifiez-vous votre existence ? »  Quelle serait votre réponse ?


Conclusion

Un travail qui vous procure du plaisir vous permet également de gagner votre vie, d'être rentable sur le plan économique.  Que vous ayez supervisé des employés ou non, pas besoin d'être un spécialiste en gestion des ressources humaines pour établir l'équation plaisir au travail égale productivité.

Revoir votre poste, revoir vos relations avec votre employeur, votre supérieur, votre équipe, n'a rien d'intemporel.  Tout mettre en œuvre pour trouver ou retrouver le plaisir au travail fait partie de vos priorités.  Tout comme la santé et la situation financière.

Dans l'activité, dans la fonction que vous exercez présentement, y a-t-il des zones si grises qu'elles étouffent chez vous tout plaisir et toute créativité, qu'elles vous empêchent de réaliser vos aspirations professionnelles, et qu'elles vous nuisent même dans l'atteinte des résultats escomptés ?

Il faut faire ce que l'on aime pour aimer ce que l'on fait.  Nous rencontrons trop d'exemples de personnes poussées dans tel domaine par leur famille, leurs pairs, leur milieu et qui se retrouvent, à 40, 50 ans, déçus, aigris, n'ayant finalement jamais fait ce qu'ils voulaient faire, n'ayant jamais suivi leur vocation.

Si vous tendez vers un travail source de création et de satisfaction, vous relativisez le poids du travail en l'allégeant parce que la frontière entre la sphère travail et la sphère vie privée s'atténue, jusqu'à s'abolir pour certains d'entre nous.

Voulez-vous accomplir un travail dans lequel vous éprouvez du plaisir ou voulez-vous du travail parce que vous ne pouvez faire autrement ? Opus ou Trepalium ?

Source : http://www.accent-carriere.com

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