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Le grand trésor

Publié par Mahamed Charkaoui sur 21 Mars 2006, 19:36pm

Catégories : #Mieux vivre

 II y avait une fois un homme dont la pauvreté était extrême. Une vieille jument, une petite charrette et une pelle, voilà tout ce qu'il possédait sur cette terre. Il allait sur les collines environnantes ramasser du sable. Il en emplissait quelques sacs qu'il chargeait sur sa charrette et s'en revenait les vendre à la ville. Le travail était dur et rapportait peu. Croyez-vous que sa naturelle bonne humeur en fût affectée ? Pas le moins du monde ! Il lui suffisait d'avoir de quoi subvenir aux besoins immédiats de la maisonnée. Sa femme et ses enfants comptaient sur lui.

Un jour, comme il peinait en creusant de toutes ses forces, sa pelle heurta un corps dur. " Voilà le sable épuisé ", se dit-il. Il pensait avoir atteint la roche. Aussi sa surprise fut elle grande quand, au lieu de cailloux, il ramena une pelletée de pépites d'or ! Il écarta le sable, de l'or apparut. Où qu'il dirigeât la pelle exploratrice, le précieux métal affleurait. Le pauvre homme n'en croyait pas ses yeux. Il lui fallut quelque temps pour revenir de sa surprise. Vint le moment d'agir. Ses sacs contenaient du sable ; il les vida et les remplit d'or. Il en mit autant qu'il pouvait en transporter, ne perdant cependant jamais de vue l'état de faiblesse de sa pauvre jument dont le grand âge était aggravé par une sous alimentation prolongée.

" Et maintenant, ma fidèle jument ", lui dit-il, " il va t'être enfin possible de prendre ta retraite. Fini le labeur ; tu pourras te reposer et avoir autant d'avoine que tu voudras. Tu sais ce que c'est que l'avoine, n'est ce pas ? Fini le foin sec pour toi ; tu seras la jument la plus heureuse de la ville ".

Il parlait à la bête, mais sa pensée était ailleurs. Que de choses il pourrait offrir à sa petite famille. Il imaginait ce que serait désormais la vie pour tous. Le tableau avait les couleurs les plus flatteuses. La faim serait à jamais bannie de chez lui, les enfants iraient à l'école, sa femme vaquerait paisiblement aux travaux du foyer ...

INQUIETUDES DE L'EPOUSE

Les sacs étaient prêts quand il s'avisa qu'il n'était peut être pas très prudent de les transporter en plein jour. On remarquerait vite qu'ils ne contenaient pas du sable. Et puis il y avait les brigands... Non, ce serait plus sûr d'attendre que la nuit fût tombée. Ce qu'il fit.

Les heures s'écoulaient, et sa femme, ignorant la cause de ce retard tout fait inhabituel, s'inquiétait fort. Le soleil s'était couché et les enfants avaient faim. Si son mari n'était pas rentré malgré l'heure avancée, il n'y avait qu'une explication à cela : un malheur lui était arrivé. Peut être gisait-il enseveli sous un tas de sable ?

La nuit tombait rapidement. La femme alluma une petite lampe et attendit encore tout en appelant sur son mari la protection de Dieu.

A ce moment elle entendit les grincements de la charrette Et peu après son compagnon parut tout en soufflant et ployant sous le poids d'un sac qu'il portait sur les épaules. Il le jeta à terre. Vieux et éprouvé par un long usage, le sac creva, et les pépites d'or roulèrent en tintant sur le sol.

Le souffle coupé, les yeux exorbités par la vue d'un tel trésor, la femme regardait, fascinée. L'instant d'après, elle poussa un soupir et s'affaissa.

Elle était morte.

Le temps passa. Un jour on demanda à l'homme : " Comment se fait-il que sous le coup tu ne sois pas mort, alors que ta femme, elle, n'y a pas résisté ? " II répondit : " Quand j'ai vu une montagne d'or, j'ai compris que je ne pourrais l'emporter tout entière. Cette pensée m'a attristé ; ne pouvoir prendre qu'autant d'or que ma vieille jument pouvait en transporter ! Il y avait de quoi refroidir mon enthousiasme. Pour ma femme, cela n'a pas été du tout pareil. Je rentre avec un sac plein de pépites ; elle ne sait pas qu'il y en a tant et plus à la montagne, et qui ne sera jamais à nous. Elle voit l'or, elle n'en a jamais tant vu de sa vie. Même en rêve. Elle a l'impression que c'est tout l'or du monde qui tout à coup lui appartient. Le choc a été trop fort, trop soudain ; la pauvre, c'était plus qu'elle n'en pouvait supporter. "

NOTRE SAGESSE EST LIMITEE ; CELLE DE DIEU EST INFINIE

De même que le marchand de sable avait découvert une montagne d'or, mais ne pouvait en emporter qu'une infime quantité, ainsi que le sage qui emporte une infime partie des trésors de sagesse qui sont l'apanage de Dieu, et comprit que la presque totalité de cette sagesse était hors de sa portée. Tout ce qu'il pouvait en posséder, c'était le peu qu'il pourrait apprendre, c'est à dire l'équivalent d'une goutte d'eau par rapport à l'océan.

Il en va de même de tous les hommes véritablement sages. Ils savent qu'ils ont beau apprendre, ce ne sera toujours que peu de chose en comparaison du trésor infini de sagesse qui existe, je veux dire la sagesse divine qui est hors de leur portée. Insensé est celui qui croit tout connaître et se persuade que le peu de connaissances qu'il a représente tout le savoir du monde.

 

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