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Les troubles de conduite de l'enfant révèlent d'abord une souffrance : Par Véronique MARTINACHE

Publié par Mahamed Charkaoui sur 15 Novembre 2006, 15:50pm

Catégories : #Psychologie enfants

PARIS (AFP) - Les troubles de conduite des enfants, objets de débats passionnels sur l'opportunité d'un dépistage précoce, sont d'abord révélateurs de grandes souffrances, ont rappelé des experts mardi, lors d'un colloque de l'Inserm.

Des spécialistes de l'enfance, dont plusieurs signataires de la pétition "Pas de zéro de conduite pour les enfants de 3 ans", étaient invités à confronter leur point de vue sur la notion de trouble des conduites, sur sa prise en charge, sa prévention et les perspectives de recherche.

 

Lancée par des organisations de psychiatres, psychanalystes, psychologues et pédiatres, la pétition reprochait notamment à un rapport de l'Inserm (Institut national de la santé et de la recherche médicale) recommandant le repérage précoce des troubles de comportement, de donner "une caution scientifique" à des projets du gouvernement de lutte contre la délinquance.

 

Depuis, ce dépistage précoce a été retiré du projet de loi de prévention de la délinquance et inclus dans le projet de loi de protection de l'enfance.

 

"Les enfants sont-ils brusquement devenus insupportables, ou est-ce que la société ne les supporte plus ?", s'est interrogée Christine Bellas-Cabane (pédiatre en Protection maternelle infantile), "assiste-t-on à une mutation génétique brutale, à une épidémie d'hyperactivité (...). N'y a-t-il pas un malentendu sur ce qu'est l'enfant ?"

 

"Quand on s'occupe des problèmes de l'enfance, c'est l'enfant qui doit être la première préoccupation. C'est un enfant en danger, ce n'est pas un enfant dangereux", a pour sa part déclaré à l'AFP Jean-Claude Ameisen, président du comité d'éthique de l'Inserm.

 

C'est la souffrance de l'enfant "qu'il faut s'attacher à traiter", a déclaré Xavier Bertrand. Le ministre de la Santé a plaidé pour un dépistage précoce "pour que la différence ne conduise pas à une rupture avec la norme sociale", mais estimé que "toute association systématique entre troubles du comportement et délinquance est infondée".

 

Le Pr Philippe Jeammet (psychiatrie de l'enfant et de l'adolescent) a exprimé sa "tristesse de voir combien un certain nombre de jeunes vont se taper la tête contre les murs de la société et avoir un destin qui n'est pas choisi".

 

Pour Olivier Revol (psychopathologie de l'enfant et de l'adolescent), quand on parle de troubles de conduites, "c'est bien de symptômes qui perturbent, qui gênent l'entourage". "L'agressivité fait partie intégrante du développement de l'enfant", mais "c'est le degré de tolérance de l'entourage qui va faire quelque chose de pathologique ou pas", a-t-il dit. Pour lui, l'important est de "donner du sens à ce comportement".

 

Le Pr Bernard Golse (psychiatrie de l'enfant et de l'adolescent) s'est inquiété d'une attention excessive portée à des cas d'enfants dont l'agressivité est "constructive", et aussi de cas où, au contraire, la souffrance n'est pas repérée parce que les enfants ne présentent pas de troubles.

 

Comment venir en aide à ces "enfants très inhibés, trop coincés pour exprimer des troubles ?", s'est-il demandé.

 

"La base de la médecine est de soulager la souffrance et lorsqu'elle commence à protéger la société -ce qui est fait dans les épidémies de maladies infectieuses-, ce n'est qu'en prenant en compte la souffrance de chacun", a conclu Jean-Claude Ameisen.
 
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