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Comprendre le sens du travail

Publié par Mahamed Charkaoui sur 13 Juillet 2006, 12:16pm

Catégories : #Se motiver

Il faut que les gens règlent leurs problèmes de la vie au travail parce que c’est important pour leur développement global comme personne. Chez les Grecs, le travail était pour les esclaves et une honte pour un citoyen. Il fallait le rappeler à certains qui aimaient travailler. Le travail a donc connu des hauts et des bas historiquement. Comme valeur définissant les individus, chacun a une position.

Parce qu’il libérait l’esprit, et permettait de méditer, le travail a été intégré à la vie monastique et valorisé ensuite au Moyen-Age. Les moines faisaient aussi du travail intellectuel et leur prestige a valorisé le travail manuel. Ils ont inventé les horloges pour savoir quand aller aux offices. Avec la mesure du temps, on peut mesurer la productivité. Ces bons moines ont mis le doigt dans l’engrenage de la productivité, mais leur retenue a été exemplaire.

Les protestants ont montré qu’on pouvait trouver son salut dans le monde en réalisant sa mission, son bereuf. Travailler est devenu une façon de rendre grâce à Dieu et d’aller au ciel. Max Weber dit que cette idée a été la base du capitalisme et de la retenue générale pour aimer le travail.

En 1830, quand Alexis de Tocqueville visite les Etats-Unis, il constate que même le président travaille. L’idée que les intellectuels comme lui travaillaient n’était pas encore acquise en Europe. Un poète était inspiré des dieux ou il avait du génie, mais il ne travaillait pas. Un militaire et un soldat non plus. Maintenant, un fantassin de l’armée canadienne qui part de la maison pour aller au régiment annonce qu’il s’en va travailler. Il a sa description de tâche dans le Code national des professions. En 1950, dire aux militaires qu’ils avaient un travail comme les autres étaient proprement insultant. Même les employés de la fonction publique avaient le sens d’une mission. Les professeurs visaient l’éducation des masses. Le travail comme catégorie a-t-il aboli ces nobles objectifs?

Une paie comporte des avantages, mais le travail est aussi devenu une façon importante de se définir et de donner un sens à notre vie. Au lieu de l’idéal d’une profession, nous avons chacun le nôtre. Il faut le définir et c’est compliqué de sembler original.

Les entreprises offrent un épanouissement, des réseaux sociaux, une estime de soi. Même pour les moins bien nantis, une place dans la société est rassurante. Certains comme Vincent de Gaulejac et Nicole Aubert dans Le coût de l’excellence disent qu’elle offre même un idéal[16]. Par exemple, par la quête de l’excellence. Réussir sa vie, c’est réussir sa vie professionnelle.

On doit aussi constater actuellement que le travail prend un sens personnel important parce que les personnes doivent investir des années d’études et se spécialiser. Par contre, le lien avec l’employeur est moins important dans la grande majorité des cas.

Dans le cas de la fonction publique, les insatisfaits ne vont pas chercher un autre emploi. Ils ne vont pas contester le patron non plus et ils ne seront pas souvent disciplinés. Ils vont dire qu’ils sont démotivés et on les console en leur disant que c’est grave. Si leur univers ne permet pas de prendre de l’initiative, qu’on cesse de les leurrer tout simplement.

Oui le travail prend plus de sens, mais le lien avec un employeur en perd, sauf dans la fonction publique où le plan de pension est très généreux. Sauf dans des milieux où on a de trop bonnes conditions de travail pour partir, où on veut supporter par tous les moyens l’employé et où discipliner les employés ne se fait pas. Les lésions psychologiques sont nées dans un sol bien spécifique et il faut lui donner une base plus large pour qu’il soit acceptable. Pour justifier un traitement de faveur de plus aux fonctionnaires, faut-il infecter tout le monde industriel?

Les ouvriers industriels ont demandé le plein emploi. Les politiciens ont discuté et il y a eu des grèves et la société a évoluée. Sur un autre registre, le philosophe Hegel a dit que le travail était l’essence de l’Homme. Marx a proposé que le travail définissait la société et le sens de l’histoire. Il fallait se réaliser grâce au travail. Marx constatait d’abord que le travail de son temps aliénait les ouvriers.

Ils étaient subordonnés à un patron et souvent humiliés. C’est ainsi devenu le rapport social le plus fondamental et il fallait faire évoluer toute la société et vite. Si les gens doivent s’affirmer au travail, montrer du leadership et de l’initiative, ils ont repris une part du contrôle de leurs moyens de production. La révolution bolchévique ne leur en a pas donné autant.

Pour les marxistes, le travail est très important et l'histoire est un conflit entre groupes sociaux dans lesquels il n'y a pas de place pour des héros. Ils parlent de forces sociales abstraites. Pour eux, les calvinistes ont fait la promotion de l'éducation et de l'autonomie intellectuelle des fidèles en les invitant à lire la bible et à l'interpréter eux-mêmes. Il y a eu évolution des individus et cette évolution a un impact sur les structures sociales, mais les cas individuels ne sont pas intéressants. Comme psychologue en évaluation, nous constatons que les chercheurs pensent que les différences individuelles sont du bruit expérimental. Nous apprécions ces différences et nous ne pouvons souscrire à une vision de l’histoire dans laquelle des gens ne comptent pas. Nous aimons l’histoire avec des perruques, des gens bien en vie.

De leur côté, les économistes du XIXème siècle définissaient encore le travail comme quelque chose qu’on fait pour une récompense extrinsèque. Ils ont refusé de donner un sens au travail autre que sa valeur marchande. Il n’était pas question de trouver à se réaliser au travail. Au XIXème siècle, les anglais ont inventé le Home sweet home. Ils ont développé des ambitions nouvelles grâce à la richesse. Ils ont mieux vécu que leurs ancêtres, mais le travail était encore un moyen désagréable d’obtenir d’autres choses plus agréables. Le home sweet home permettait de se réaliser en dehors du travail.

 

Taylor méprisait le sens du travail. Il contraignait l’ouvrier à exécuter le travail selon une seule méthode, la bonne. Il devait seulement exécuter et penser autant qu’un bœuf. Ce type d’organisation a été la mode jusqu’en 1960. Pourtant, même Lénine a voulu appliquer le production en série et il recherchait l’efficacité.

Le sens de l’effort physique était encore pour plusieurs l’essence du travail. Vers 1850, des ouvriers agricoles ont saboté les premières moissonneuses car c’était immoral de gagner sa vie autrement qu’à la sueur de son front. Leur valeur personnelle était celle de leur travail. Nous avons accepté la mécanisation et nous voulons maintenant que le travail humanise le monde.

Depuis Frédéric de Prusse jusqu’à la seconde guerre mondiale, les militaires allemands qui étudiaient au collège des officiers supérieures avaient la réputation de ne plus jamais rire par la suite. Pour réussir dans le rôle d’officier, à cet endroit et à cette époque, il fallait adopter ces manières. Les candidats ne manquaient pas et des fils de bonnes familles très riches, des gens qui pouvaient aller dans les affaires ou juste vivre luxueusement, aspiraient à devenir officier supérieur et à se dévouer pour la mère patrie. Ils étaient admirés. Jetez un coup d’œil aux plus vielles photos de votre famille. Vos ancêtres avaient probablement l’air aussi sérieux que les miens.

La situation a bien changé depuis 1960. Dans les entreprises modernes, tous les employés ont droit au respect. Au lieu du pouvoir, on valorise le leadership. On veut des leaders qui font d’autres leaders, pas seulement des suiveurs. Entre-temps, les mises en pratique de l’idéal marxiste ont montré que c’était un cul de sac. Selon Karl Popper, dès 1925, avec des millions de morts, la preuve était faite.

La vague de fond c’est que le travail est donc devenu quelque chose de noble et de central dans la société et le travail est devenu moins exigeant physiquement. De plus en plus d’emplois font appel à des capacités intellectuelles abstraites. Les emplois exigent aussi plus d’autonomie pour décider et juger. Nous travaillons moins que nos grands parents et moins physiquement, mais il faut maintenant montrer plus d’initiative. Les employés ont la confiance des patrons et ils doivent être des entrepreneurs. Ce changement défie les prédictions marxistes.

source : http://www.dokimos.ca

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