La nullité n’existe pas. Tout comme la débilité, la stupidité, la bêtise et ainsi de suite. En être conscient, c’est déjà une excellente chose. Mais quelles conséquences pratiques en tirer ?
D’abord, tenter de se convaincre qu’on ne l’est pas, si l’on se croit nul. Parce qu’être persuadé, bien malgré soi, qu’on le serait a pour résultat qu’on se comporte comme tel, du moins en apparence. Je dis bien, en apparence. Mais à force de le paraître, on en est encore plus persuadé, et ainsi de suite. Le cercle vicieux, quoi !
Il conviendrait cependant d’en tirer une seconde conséquence pratique, encore plus importante. Et d’urgence. Mais ce n’est pas demain la veille qu’on prendra cette mesure collective de bon sens et d’intérêt public. Car, en ce domaine, comme dans beaucoup d’autres d’ailleurs, nous sommes encore en plein Moyen-âge. En plein obscurantisme. Du reste c’est bien simple, plus on prétend réformer, moins ça change.
Alors, pour aller au fait, que faudrait-il faire au juste pour en finir une bonne fois pour toute avec la prétendue nullité et ses équivalents ? Apprendre à encourager plutôt qu’à dissuader. A valoriser plutôt qu’à dévaloriser. A faire confiance plutôt qu’à se défier de tout et de tous surtout. A complimenter plutôt qu’à critiquer tout et n’importe quoi, pour le seul plaisir de critiquer. Parce qu’à force de tout critiquer, tout risque de devenir critiquable.
Mais c’est une véritable révolution culturelle qu’il nous nous faudrait faire, provoquer un véritable séisme mental collectif. Ce qui nous permettrait de jeter par dessus bord notre mentalité schizophrénique qui nous fait dire par exemple à quelqu’un : « Réussis, bats-toi, donne le meilleur de toi-même ! Mais tu en es incapable, petit con, tu n’y arriveras jamais ! » Oui, parents, enseignants, patrons, chefs d’équipe, responsables de tout poil, ce n’est pas demain que… Ni après-demain.
Ce n’est pas l’autre qui est nul, c’est le jugement que nous portons sur lui.
Yves Moigno
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