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L'enfant : "J’aime pas l’école". par Harry Ifergan, psychologue

Publié par Mahamed Charkaoui sur 22 Septembre 2007, 10:41am

Catégories : #Psychologie enfants


Les premiers jours, l'inquiétude n'était pas de mise. Comment ne pas comprendre qu'Anaïs, 3 ans ou Rodolphe, 6 ans, ne prend pas tout à fait de bon cœur, le chemin de la maternelle ou du cours préparatoire ? Tant de changements, soudain, dans leur petite vie... Mais si l'école reste un territoire redouté, essayons de savoir pourquoi. Harry Ifergan, psychologue, explique comment dédramatiser cette peur. Nous vous proposons aussi quelques conseils pratiques. pour savoir comment réagir quand le petit écolier se dit malade ou qu’il a du mal à se rendre en classe. Il suffit parfois de le  motiver pour l’encourager.

Pourquoi certains enfants se montrent-ils réfractaires à l'école ?

Harry Ifergan : Tout petits, lors de la prise de contact avec ce monde nouveau, les enfants ne comprennent pas forcément le sens de l'école : ce qui y est enseigné, le bénéfice qu'ils en retireront. On les aura pressés à devenir propres pour cet événement dont les parents attendent beaucoup. On ne les aura peut-être pas suffisamment préparés au groupe, au partage, à la vie en communauté (notamment ceux qui ne sont pas allés à la crèche). Il y a tant d'incertitudes sur ce qui va être exigé d'eux, de personnes nouvelles à découvrir. Plus tard, le refus de l'école peut avoir diverses origines. Soit l'enfant est mauvais élève : il se sent alors dans l'insécurité, peu apprécié par la maîtresse, victime des reproches de ses parents. Soit encore, ces derniers critiquent l'école, refusent le système, induisent sa dépréciation. Je remarque que beaucoup d'enfants en lutte contre l'école ont des parents qui ont eu maille à partir avec elle.



Comment les adultes qui ont eu des problèmes en classe peuvent-ils peuvent-ils “ faire machine arrière ” pour aider leurs enfants mauvais élèves ?

H. I. : Plutôt que de remâcher avec rancœur de mauvais souvenirs scolaires, c'est le moment de se remettre en question verbalement devant l'enfant : “ Je n'ai pas été un très bon élève, maintenant je le regrette. Ce n'est pas l'école la fautive, si je n'ai pas su en tirer le meilleur parti. Je donnerais beaucoup pour récupérer ma chance ”. A eux, aussi, de montrer qu'ils aiment le travail pour lequel ils se rendent tous les jours au bureau. En dire quelques mots à l'enfant sur le chemin de l'école, lui permettra à son tour, de voir sous un meilleur angle son propre job d'écolier.



Les enfants expriment-ils facilement ce qui génère leur appréhension à aller en classe ?

H. I. : Non, ils ont souvent du mal à le déterminer et donc à le dire. La crainte des grands, par exemple, leurs tentatives d'intimidation, de racket, parfois, sont jugées inavouables car l'enfant s'en veut d'être faible. Or, on a le droit de ne pas savoir se défendre et le droit de le dire aux parents avant que la peur ne devienne plus paralysante. Aux adultes, donc de ne pas donner à penser qu'ils seraient déçus par un aveu d'impuissance de leur progéniture. C'est une question de confiance.



Comment savoir ce qui tracasse l'enfant s'il ne le formule pas directement ?

H. I. : Les parents doivent être en éveil pour repérer les différents troubles évocateurs d'un problème. Car le refus de l'école n'est pas toujours catégorique. Il existe tout un système de résistance pour contourner son expression : des pertes de matériel scolaire, des oublis de livres, du cahier de correspondance où la maîtresse aura peut-être noté des informations désagréables pour l'enfant et qu'il ne souhaite pas transmettre. Il peut aussi médire de l'enseignant, se livrer à des affabulations concernant l'école. Ou bien il s'isole, mange mal, dort avec difficulté, sourit peu. Souvent, ce sont des symptômes qui veulent dire : “ Papa, maman, il y a quelque chose qui ne va pas. ” Aux parents de se montrer plus accessible, plus à l'écoute. Ce refus de l'école devrait pouvoir se mettre en mots, avant d'en venir au psychothérapeute.


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Peut-on expliquer le refus d'aller à l'école, par le désir de s'opposer aux parents ?

H. I. : Il est vrai que la “ période du non ” débute vers dix huit mois, environ, et peut s'étendre jusqu'à six ou sept ans. En disant “ non ! ”, l'enfant veut s'affirmer ; il faut comprendre : “ C'est moi qui décide ”. Une attitude nécessaire à l'organisation de sa personnalité. Mais, pour se structurer, il a besoin de sentir et d'entendre que ce sont les adultes qui transmettent les règles et non les enfants qui les inventent. Il tend une perche et attend une réponse de ses parents. A eux d'indiquer les limites en dosant la détermination et la compréhension. Inutile de se culpabiliser parce que l'on reste ferme. Surtout dans le cas de l'entêtement à aller en classe



Que faire face à une phobie scolaire tenace ?

H. I. : Si l'on n'a pas déjà été convoqué par l'enseignant, il faut se manifester soi-même et faire le point avec lui sur la concentration de l'enfant en classe, son attitude dans la cour de récréation. Le rendez-vous peut se passer en présence de l'intéressé. En tout cas, il vaut mieux le tenir informer de cette démarche. S'il sait qu'on veut résoudre son malaise, il n'aura plus besoin de trouver des stratagèmes pour le contourner.


Vous assurez, dans votre livre, que les garçons, les aînés, les derniers-nés et les enfants uniques sont plus réfractaires que les autres à l'école. Pourquoi ?

H. I. : Les garçons parce qu'ils sont, spontanément batailleurs, enclins à l'opposition. Les aînés car les parents font, parfois, reposer sur eux trop d'attentes ce qui peut susciter une réaction de retrait. Les derniers-nés souvent surprotégés, s'autorisent un refus des contraintes scolaires. Quant aux enfants uniques, ils sont dans l'une ou l'autre position. Malgré l'évolution de la société, les filles, elles, savent intuitivement qu'elles ont encore besoin du savoir et de la culture pour être valorisées.

Conseils pratiques


Si votre enfant se dit malade ou fatigué
- Si l'enfant se dit malade et que l'on rentre dans son jeu en acceptant qu'il reste à la maison, il ne doit pas en retirer trop de bénéfices secondaires. Souffrant, on ne regarde pas la télévision, on ne joue pas à l'ordinateur. Sinon pourquoi ne pas réutiliser le stratagème ?
- Il dit qu'il est trop fatigué pour aller en classe. A malin, malin et demi : promettez-lui que vous le coucherez plus tôt, le soir.
- Ne tombez pas dans le puits sans fond des promesses de récompenses. Elles ne résolvent le problème qu'à court terme.

Sur le chemin de l’école
- Proposez à l'enfant de vous indiquer lui-même, le moment où vous le quitterez, une fois arrivés sur place. Ce départ par “ consentement mutuel ” pourra lui sembler moins violent. Il aura la consolation de maîtriser ce qu'il redoute tant. Si les pleurs persistent, changez d’accompagnateur : envoyez le papa !
- Lorsque les enseignants le permettent, restez quelques minutes dans sa classe, le matin. Dans ce moment “ trait d'union ”, souvent renouvelé, soyez attentif s'il vous montre ses cahiers et ses dessins. Manifestez votre contentement devant les progrès accomplis.
- Impliquez-vous comme délégué des parents d'élèves pour lui montrer l'intérêt que vous portez à l'école.
- En l'accompagnant à l'école, décrivez succinctement les étapes de sa journée comme autant de repères familiers et apaisants. Insistez sur le moment du retour à la maison et précisez qui viendra le chercher.
- Persuadez-vous que la plupart des enfants qui pleurent avant d'entrer à l'école, s'arrêtent au bout de quelques minutes quand les parents ont disparu de leur vue et qu'ils sont pris par les activités de la journée. Tous les enseignants vous le confirmeront.

Motivez-le...
- Conduisez-le, de temps en temps, sur votre lieu de travail et‚ évoquez le plaisir que vous trouvez à votre métier. Il aura une représentation concrète et positive d'une activité assimilable à celles qu'il a en classe.
- Le soir, demandez-lui de vous raconter une chose passionnante accomplie dans sa journée - une seule, pour que cela ne lui paraisse pas trop fastidieux !
- Faites un petit examen de conscience. Si vous avez des difficultés à quitter votre enfant, il y a fort à parier qu'il en aura aussi. Se rasséréner : les petits ont des capacités insoupçonnées à s'adapter à un nouveau milieu.
- Feuilletez ensemble vos vieux cahiers de classe. Et rassurer le petit inquiet sur ses propres capacités.
- Evitez la comparaison avec les petits camarades : “ Eux savent se comporter comme des grands ”. Dire plutôt : “ Toi aussi, bientôt, tu y arriveras, j'en suis sûr(e). ”

Source : http://www.apel.asso.fr
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